
Les engrais verts sont des plantes semées non pour être récoltées, mais pour nourrir et protéger le sol entre deux cultures. C’est le geste qui transforme le plus durablement un potager, et il ne coûte que le prix d’un sachet de graines.
À quoi servent les engrais verts
Les engrais verts couvrent le sol nu. Un sol laissé à découvert pendant l’hiver se tasse sous la pluie, perd ses éléments nutritifs par lessivage et subit l’érosion. Un couvert végétal évite tout cela.
Ils structurent le sol. Les racines explorent le sol en profondeur, créent des galeries, ameublissent sans aucun outil. Le seigle descend à plus d’un mètre, la luzerne bien davantage.
Les engrais verts enrichissent le sol en matière organique. Une fois détruits, les engrais verts se décomposent et alimentent la vie du sol.
Ils fixent l’azote, dans le cas des légumineuses. Trèfle, vesce et luzerne captent l’azote de l’air grâce à des bactéries logées sur leurs racines, et le restituent aux cultures suivantes.
Ils étouffent enfin les mauvaises herbes du potager, par simple concurrence.
Quels engrais verts choisir
Trois familles d’engrais verts, avec des rôles distincts.
Les légumineuses apportent de l’azote. Vesce, trèfle incarnat, féverole, luzerne, pois fourrager. À privilégier avant des cultures gourmandes comme les tomates ou les courges.
Les crucifères poussent vite et nettoient le sol. La moutarde blanche lève en quelques jours et couvre le sol en un mois. Attention toutefois, elle appartient à la même famille que les choux et ne doit pas entrer dans une rotation qui en comporte.
Les graminées structurent en profondeur. Seigle et avoine résistent au froid, tiennent le sol tout l’hiver et conviennent parfaitement à un semis d’automne.
À part, la phacélie mérite une mention. Elle ne partage sa famille avec aucun légume courant, ce qui la rend compatible avec toutes les rotations, et sa floraison attire massivement les pollinisateurs.
Le sarrasin, lui, pousse à grande vitesse en été et déteste le gel.
Quand semer un engrais vert
Deux périodes principales.
Après les récoltes d’été, entre fin août et début octobre, sur les planches libérées. C’est le cas le plus fréquent. Privilégiez alors les espèces rustiques, seigle, avoine, vesce, ou un mélange prêt à l’emploi.
Au printemps, en mars ou avril, sur une parcelle qui ne sera cultivée qu’en été. Phacélie, moutarde et sarrasin conviennent, avec une croissance rapide en quelques semaines.
Un engrais vert semé trop tard en automne, après la mi-octobre, ne lève pas correctement dans la plupart des régions. Mieux vaut alors pailler.
Comment semer un engrais vert
La méthode est volontairement rustique, c’est tout l’intérêt.
Nettoyez la planche, retirez du sol les résidus de culture et les grosses adventices.
Griffez la surface sur trois à cinq centimètres, sans retourner le sol.
Semez à la volée, en deux passages croisés pour une répartition régulière. Comptez en moyenne 2 à 5 grammes de graines par mètre carré selon l’espèce, les sachets indiquent la dose exacte.
Griffez à nouveau légèrement pour enfouir les graines, puis tassez au dos du râteau ou au rouleau.
Arrosez si le temps est sec, la levée demande de l’humidité les premiers jours.
Quand détruire l’engrais vert
C’est le point qui décide de tout, et l’erreur la plus fréquente consiste à attendre trop longtemps.
Détruisez avant la floraison, ou au tout début de celle-ci. Après, les tiges se lignifient, se décomposent beaucoup plus lentement, et la plante monte à graines. Vous vous retrouvez alors avec un engrais vert devenu mauvaise herbe.
Fauchez au ras du sol à la faux, à la débroussailleuse ou à la tondeuse en position haute.
Laissez les résidus sur place en paillage, c’est la méthode la plus simple et la plus respectueuse de la vie du sol. Comptez trois à six semaines de décomposition avant de planter.
L’enfouissement superficiel, à la grelinette sur cinq centimètres, accélère le processus mais perturbe davantage le sol. Réservez-le aux masses végétales importantes.
Ne plantez jamais immédiatement après la destruction : la décomposition consomme temporairement de l’azote, au détriment des jeunes plants.
Les erreurs à éviter
Semer de la moutarde ou de la phacélie sans tenir compte de la rotation. La première est une crucifère, à écarter avant les choux, les navets et les radis.
Laisser monter à graines, on l’a dit, et se créer un problème pour trois ans.
Semer trop dense, ce qui donne des plantes étiolées qui se couchent au premier coup de vent.
Et enfin croire qu’il faut un grand jardin. Une planche de deux mètres carrés semée en phacélie change déjà visiblement la structure du sol l’année suivante.


